Economie bas carbone en 2050 : la feuille de route de l'UE ouvre le débat

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Economie bas carbone en 2050 : la feuille de route de l'UE ouvre le débat

Message  admin le Dim 13 Mar - 10:35

La commission européenne a présenté mardi 8 mars la version définitive de sa feuille de route 2050 pour une économie européenne bas carbone. Cette communication détaille comment l'Europe peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 80% d'ici à 2050 par rapport au niveau de 1990, objectif acté par les Etats membres en octobre 2009. Le document final est globalement moins "dur" que la version provisoire qui avait "fuité" mi-février. Plusieurs modifications illustrent notamment le jeu d'influence existant au sein de la Commission européenne entre les responsables en charge du climat, ceux de l'énergie voire de l'agriculture.

Une économie bas carbone ET compétitive

Dans la version définitive de la feuille de route, l'objectif n'est plus seulement d'atteindre une économie décarbonée mais "une économie décarbonée compétitive". Autrement dit les efforts à consentir ne devront pas grever l'économie européenne et par conséquent ne se feront pas à n'importe quels coûts. Le coût annuel de la politique proposée est d'ailleurs estimé à 270 milliards d'euros, soit un investissement additionnel d'environ 1,5% du PIB européen. Précision de taille, la Commission estime que "cela ramènera simplement [l'UE] au niveau d'investissement d'avant la crise."

Une position plus souple sur l'objectif à 2020

Une précision majeure du texte a été maintenue. Il est toujours question d'une baisse des "émissions domestiques" de l'UE. Les réductions ne pourront pas provenir de projets menés à l'étranger et valorisables sur le marché du carbone européen.

Les différentes étapes de réduction sont elles aussi conservées : -40% d'émissions en 2030 et -60% en 2040. Mais l'étape à 2020 fixée à -25% dans la version provisoire a fait l'objet d'une réécriture complète, illustrant clairement la mésentente entre la Commissaire en charge du climat, Connie Hedegaard, qui prône un objectif de -30% en 2020 et le Commissaire en charge de l'énergie Günther Oettinger clairement opposé à cette option. Le texte final précise simplement que si l'UE poursuit ces politiques actuelles (20% d'énergie renouvelables et 20% d'efficacité énergétique d'ici 2020) elle pourra dépasser l'objectif de -20% de GES en 2020 et atteindre une réduction de -25%. Dans cet optique, la communication a accompagnée sa feuille de route d'une révision du Plan sur l'efficacité énergétique, qui "identifie les nouvelles mesures nécessaires" à l'atteinte de l'objectif.

La répartition par secteur mise en débat

Alors que dans la version provisoire il était question d'une répartition entre les différents secteurs issue d'une modélisation économique présentée comme "complète", "robuste" et qui laissait peu de place à la négociation, la version définitive ne fait plus du tout référence à ces modèles. Ce qui réintroduit l'idée d'arbitrages politiques sur le partage de l'effort et laisse augurer de vives négociations à l'avenir !

Surtout que la répartition proposée par la Commission impacte en premier lieu le secteur électrique qui est appelé à réduire de 93 à 99% ses émissions d'ici 2050. L'industrie devra quant à elle réduire ses émissions de 83 à 87% tandis que le secteur du résidentiel et des services se voit attribuer un effort compris entre 88 et 91%. Les émissions agricoles hors CO2, c'est-à-dire les émissions de méthane ou de protoxyde d'azote, devraient être réduites de 42 à 49% en 2050 et le secteur des transport devra réduire de 54 à 64% ces émissions.

La Commission prévoit de détailler, dans ses prochaines communications et pour chaque secteur, la manière d'atteindre ces réductions.

Une feuille de route mal accueillie par de nombreux acteurs

Mais les industriels de la climatisation et du chauffage renouvelable regrettent que cette feuille de route sous-estime systématiquement la contribution des technologies renouvelables : "le scénario 2050 du Conseil Européen des Energies Renouvelables (EREC) montre clairement que le secteur du chauffage et du refroidissement peut être entièrement décarbonisé par l'intermédiaire d'une approche combinée d'efficacité énergétique et de chaleur renouvelable", rappelle Xavier Noyon, secrétaire général de la Fédération des Industries Européennes du Solaire Thermique (ESTIF). "Néanmoins, la décarbonisation du secteur de la chaleur suscite peu d'attention parmi des décideurs politiques", note Philippe Dumas, directeur du Conseil Européen de l'Energie Géothermique (EGEC).

Du côté des politiques et notamment du groupe parlementaire des Verts/ALE, le discours est plus incisif : "L'ambition de la Commission européenne exprimée dans cette feuille de route est sur la voie du renoncement. (…) C'est inquiétant de constater que l'Europe est en train de passer à côté d'une révolution industrielle et énergétique dans laquelle s'engagent la Chine, la Corée du Sud et de plus en plus de ses partenaires économiques ; et de tirer un trait sur tous les bénéfices afférents", a déclaré Yannick Jadot, député européen.

Les associations environnementales sont tout aussi déçues et notamment le Réseau Action Climat (RAC) : "L'objectif proposé aujourd'hui par la Commission semble contradictoire car il met à mal l'ambition à horizon 2050 de réduire de 80% à 95% les émissions européennes. En effet, par un objectif plus faible en 2020, nous remettons à plus tard les investissements indispensables à réaliser aujourd'hui compte tenu de leur durée de vie (celle d'une centrale à charbon est d'environ 30 ans). Une réduction des émissions européennes de 30% en 2020 doit rester notre objectif."

L'association se dit surtout inquiète du silence de la France sur ces sujets : "Nous attendons de Nathalie Kosciusko-Morizet (ministre de l'écologie) qu'elle se prononce en faveur d'un objectif européen de réduction des émissions sur le territoire de -30% d'ici 2020. Il en va de notre dynamisme économique et social". Selon le RAC, la France pourrait ainsi diminuer son taux de chômage de 3 points en créant 700.000 emplois non délocalisables et combler plus de 15% du déficit de la sécurité sociale. "Tous les voyants sont au vert, il faut y aller !", déclare Sébastien Blavier, Responsable du pôle international au Réseau Action Climat-France.


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